Adil Alifriqui - Publié le Samedi 14 Septembre 2019 à 18:44

Aides aux pauvres au Maroc : Un filet de sécurité ou un trampoline ?


Marrakech : Si l’Etat marocain se mettait à verser des aides publiques aux pauvres, cela en feraient-ils des paresseux ?


Au Maroc et dans nombreux autres pays où sont lancées des réflexions sur la création de systèmes d’aides publiques directes aux pauvres, on s'inquiète de ce que ces programmes sociaux destinés aux ménages à faible revenu, ne finissent par affaiblir les incitations au travail et ne créent une sous-classe d'indigents.
 

Cette inquiétude est érigée en idéologie dans certains pays riches ultralibéraux, comme aux USA et par certains gouvernements de droites eu Europe. 
 

Mais en face s’érige également une antithèse, ardemment portée par des milieux, non toujours gauchisants, et selon laquelle, l’aide directe aux pauvres n’incite pas à la paresse et combien même ce phénomène serait, ici ou là, constaté, il ne pourrait être qu’instantané, au moment où une aide stable et durable aux démunis est, au fait, un investissement pour le long terme, dont le fruit sera des générations futurs d’enfants bien nourris, bien soignés et surtout bien éduqués.

 

UN FILET DE SECURITE ET / OU UN TRAMPOLINE ?

Le Maroc, sous la conduite de son souverain, est en train de réfléchir à l’élaboration d’un nouveau modèle de développement, dont l’axe majeur sera la réponse à la question suivante : Quel régime social pour le Maroc ?
 

Le royaume est un pays à revenu très moyen. L’Etat manquant de revenus substantiels et soufrant d’une ressource fiscale réduite et déséquilibrée est loin d’être riche. Ainsi c’est parcimonieusement que toute dépense à caractère sociale est entreprise.
 

Dans sa tentative d’effacer la dépense de la caisse de compensation qui subventionne des produits de premières nécessité, comme le gaz butane, les farines, ect, les gouvernements, précédent et actuel, avaient évoqué la création d’un programme d’aides directes aux ménages pauvres, une aide qui serait selon eux, mieux ciblée, plus efficace et qui permettrait surtout de s’affranchir de la caisse de compensation, décriée pour n’être profitable qu’aux riches et surtout à cause des milliards qu’elle ponctionne du budget de l’Etat.
 

Un premier essai, soutenu internationalement, a été effectué depuis plusieurs années. Cela s’appelle le programme Tayssir. Testé dans la seule province d’Azilal au nord – est de Marrakech, et puis généralisé à tout le Maroc depuis 2018, ce programme consiste en une allocation sociale conditionnée, versée à plus de 441 000 ménages pauvres. En échange les parents de ces familles devraient s’assurer du bon déroulement de la scolarisation de leurs enfants.


La Banque Mondiale s’est posé, elle aussi, la question sur l’effet de l’aide sociale directe aux pauvres et le risque que cela en fasse des paresseux rechignant au travail. L’institution de Bretton Woods a étudié les cas de plusieurs pays, dont le Maroc, en cette matière, pour tenter d’y répondre. 
 

Dans deux de ces études, l’une intitulée ‘Debunking the Stereotype of the Lazy Welfare Recipient: Evidence from Cash Transfer Programs ’ et l’autre, ‘The Effects of Cash Transfers on Adult Labor Market Outcomes ’, les experts de la Banque Mondiale, ont reconnu que l’aide publique directe aux pauvres pourrait effectivement, sous certaines conditions, constituer une menace pour le marché du travail et la croissance économique du pays, surtout si les allocations versées sont assez élevées ou conditionnées par l’absence d’autres revenus. C’est le cas dans plusieurs pays européens où nombreux chômeurs sont volontaires, de peur qu’un travail, ne les rendent inéligibles aux aides sociales.

Le programme marocain Tayssir semble être une bonne voie à développer, selon les études de la Banque Mondiale. 
 

Cette aide, actuellement minuscule, elle ne constitue que moins de 10% du revenu moyen du ménage qui la touche, ce qui incite les bénéficiaires à chercher du travail. Mais cette petite allocation aide à alléger les fardeaux des parents pour scolariser leurs enfants. 
 

Les prochaines évolutions de ce programme devraient, selon la banque mondiale concerner en plus de la scolarisation, la bonne nourriture et la prise en charge des soins des enfants.
 

C’est un investissement dans l’avenir. Ces aides directes, si elles sont durables,  sont effectivement un filet de sécurité sociale pour les couches défavorisées et de sécurité tout court pour l’Etat, qui a besoin de stabilité politique pour le développement économique du pays. 
 

Mais c’est aussi un trampoline pour les générations futures. Des générations de jeunes citoyens marocains en bonne santé, bien éduqués et prés à investir le marché du travail et à servir leur pays par leurs compétences.






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