TAP - Publié le Mercredi 30 Octobre 2019 à 13:23

«Atlantique» de Mati Diop : la noyade migratoire de l’Atlantique Sénégalais


Tunis – De Cannes à Carthage, «Atlantique» de Mati Diop fait le périple méditerranéen pour arriver en compétition officielle des Journées Cinématographiques de Carthage (JCC) 2019.


«Atlantique», la poésie du titre cache bien des secrets. Dans la ville cohabitent les vivants avec les fantômes, entre la blessure des uns et la joie des autres qui se sont offerts une nouvelle chance de vie. Sur les côtes africaines de l’Atlantique submerge Dakar ville cosmopolite avec ses tours en plein chantier et ses quartiers défavorisés, qui est faite de contradictions entre ceux qui s’approprient de tout et ceux qui n’ont rien.

Dans «Atlantique», Ada, jeune fille amoureuse de Sulaiman, allait se fiancer avec Omar, un jeune bien installé dans sa vie. L'Atlantique d’Ada, Soliman, Omar et tous les autres est bien l'océan des résidants des quartiers populaires de Dakar. La situation peu confortable pour Sulaiman le contraint à quitter avec les jeunes du quartier à bord d’une pirogue qui finira par couler au fonds de l’océan. Une mer monstrueuse filmée dans des scènes témoignant de la terreur des océans.

La ville offre un beau paysage sur l’atlantique mais une beauté qui demeure pour autant insuffisante pour cette jeunesse lassée du système. Un ordre économique avare et avide. Des jeunes dépourvus de leurs droits qui trouvent refuge dans l’Atlantique où ils partent se noyer avant de rejoindre l’eldorado européen sur lacôte espagnole. 

"Atlantique" dresse l’image d’un film épaulé par un casting formé de jeunes. Le récit permet, notamment aux populations du vieux Continent de s’y reconnaitre, tellement accoutumées aux drames de la mer. "Atlantique", est un titre qui renvoie à l'océan qui borde les côtes ouest du Sénégal. L’appellation répond déjà à un constat sur des films de l'immigration où l'on évoque souvent la Méditerranée mais peu de cinéastes qui se sont aventurés sur l’Atlantique du côté du Sénégal. Une mer et un terrain favorables aux drames des plus cauchemardesques. 

Côté filmique, la fiction offre de belles images, des sonorités dans des plans rapprochés créant une osmose entre personnages et public. Mati Diop nous livre une partie de l'océan dans un casting majoritairement féminin. Une grande harmonie s’est opérée entre les éléments visuels, sonores et textuels pour une narrative entre deux cultures et deux visions juxtaposées par cette franco-sénégalaise, à la fois actrice et réalisatrice.

Le film prend son titre du premier court-métrage de Mati Diop réalisé en 2008 à Dakar intitulé "Atlantiques". A l'inverse de son premier film où elle donnait la parole à quelqu’un qui a fait la traversée de l'océan vers l'autre rive, ce long-métrage donne la voix à une femme et ceux qui restent, d’un point de vue toujours féminin.

La réalisatrice, elle même, là tant de fois évoqué devant les médias. La question de l'immigration a toujours été traitée différemment dans le cinéma sur des gens qui prennent le large en Méditerranée mais presque jamais via l'océan depuis les côtes du Sénégal. 

«Atlantique», premier long-métrage de Mati Diop est le lauréat du Grand prix au festival de Cannes 2019. Lors de sa nomination, Diop a souvent été présentée comme première réalisatrice, métisse primée au festival de Cannes. 

Depuis sa course à la Palme de Cannes, «Atlantique» débarque aux JCC en présence du producteur et les principaux acteurs, à la projection et aux débats sur le film.Mati Diop était elle absente de cette première arabe de son premier long métrage. Le jury ne pourra pas être indifférent de par cette singularité venue du Sénégal, pays détenteur du premier Tanitd’Or des JCC enen 1966 pour «La Noire de… » d’Ousmane Sembène.


Tags : Mati Diop



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