AFP - Publié le Mardi 22 Octobre 2019 à 14:45

De Vinci, ce génie universel que les Italiens n'aiment pas partager


Rome - C'est l'exposition phare du 500e anniversaire de la mort de Léonard de Vinci et elle est à Paris: le Louvre célèbre le grand maître toscan que les Français considèrent un peu comme l'un des leurs mais que les Italiens ont du mal à partager.


On a cru un temps l'événement partiellement compromis, l'ancien gouvernement populiste italien ayant laissé entendre l'an passé qu'ils n'était plus disposé à prêter au Louvre les oeuvres de Léonard conservées de l'autre côté des Alpes.

Enième escarmouche de la sempiternelle querelle franco-italienne, l'épisode arrivait au beau milieu d'une crise diplomatique pendant laquelle la coalition au pouvoir à Rome, le souverainiste Matteo Salvini en tête, n'avait pas retenu ses coups face à son meilleur ennemi transalpin.

A l'époque, la vice-ministre de la Culture Lucia Borgonzoni, proche de Salvini, réaffirmait que Léonard "était un grand Italien même si un frère de l'autre côté des Alpes voudrait le faire passer pour un Français", et un de ses prédécesseurs, Francesco Giro, expliquait que "l'Italie n'était pas une colonie culturelle de la France".

Le climat s'est apaisé depuis. Le gouvernement italien a changé cet été, penchant désormais à gauche, et le nouveau et francophile ministre de la Culture Dario Franceschini a oeuvré (avec son homologue français) pour que le Louvre puisse exposer toutes les oeuvres de Léonard attendues à Paris.

Mais Vinci reste un sujet sensible entre les deux nations, comme le prouve la récente décision d'un tribunal vénitien de suspendre l'autorisation de sortie du territoire de "L'Homme de Vitruve", célèbre dessin de Léonard, dont la justice a finalement décidé qu'il serait prêté au Louvre.

Autre exemple illustrant la susceptibilité italienne sur ce sujet, le tollé suscité chez eux par le lapsus malheureux d'un présentateur du journal de 20H00 français qui, en mai, avait qualifié l'artiste né en Toscane, mais mort en Touraine (centre de la France), de "génie français".

Une "gaffe" (sic) sur laquelle un confrère italien du JT d'en face avait ironisé en expliquant qu'il ne comprenait pas s'il s'agissait "d'une étourderie ou d'une version bizarre du droit du sol qui attribuerait la nationalité non pas à la naissance mais à la mort".

Pour l'historien Jean-Yves Frétigné, les polémiques franco-italiennes autour de Vinci témoignent de la "rivalité culturelle" qui existe entre celles qu'on appelle les soeurs latines.

"Il y a d'un côté l'Italie qui revendique d'être l'aînée parce qu'elle est, avec Rome, la matrice de l'art occidental et de l'autre la France qui éprouve un sentiment de supériorité vis-à-vis de sa voisine, préférant se tourner vers l'Allemagne ou, à une certaine époque, l'Angleterre", souligne l'historien, coauteur de "La France et l'Italie. Histoire de deux nations soeurs" (Armand Colin, 2016).

Quant aux campagnes napoléoniennes au cours desquelles des centaines d'oeuvre ont été saisies en Italie pour alimenter des musées français, elles ont laissé aux Italiens l'impression d'avoir été pillés.

Un sentiment tenace qui alimente aujourd'hui encore bon nombre de rumeurs, comme celle qui voudrait que la Joconde ait été, elle aussi, dérobée par celui qui n'était encore que Bonaparte.

L'une des hypothèses retenues pour expliquer le vol en 1911 du célèbre tableau de De Vinci au Louvre est d'ailleurs que l'auteur des faits, un modeste ouvrier italien, ait agi par patriotisme afin de rendre le chef-d'oeuvre à sa terre natale.

Pourtant il est établi que le tableau a été vendu par l'artiste à François Ier qui l'avait invité à venir séjourner au château d'Amboise à la fin de sa vie. Mais rares sont les Italiens à ne pas revendiquer le retour de l'énigmatique sourire de Mona Lisa de l'autre côté des Alpes.

Pour Alessandro Vezzosi, le directeur du "Musée idéal Léonard de Vinci", situé dans la ville natale du peintre, "la figure de Léonard a été victime d'événements extraordinaires, dont le vol de la Joconde à Paris est sans doute le plus emblématique, et qui lui confèrent une dimension planétaire".

"Si bien que tout le monde veut se l'approprier. Il est bien sûr né à Vinci en Toscane mais il est Florentin à Florence, Milanais à Milan (où il séjourna à la cour des Sforza) et Français à Paris", conclut l'historien.





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