MAP - Publié le Samedi 21 Novembre 2020 à 20:41

Des experts plaident pour une complémentarité des pays africains dans la gestion de la "crise terroriste" au Sahel


​Rabat - Des universitaires de divers horizons ont plaidé, vendredi à Rabat, en faveur de la complémentarité des pays africains dans la gestion de la "crise terroriste" dans la région du Sahel.


Réunis à l'occasion d'un webinaire organisé sous le thème "la gouvernance sécuritaire au Sahel: état des lieux des normes, des pratiques et des acteurs", dans le cadre des activités de recherche et de promotion des Masters Sciences Po Rabat de l'Université internationale de Rabat (UIR), les intervenants ont insisté sur la nécessité pour les pays du continent africain et leurs partenaires d'agir ensemble et de conjuguer les efforts pour faire face au terrorisme.

Dans son intervention intitulée "l'expérience africaine de la manœuvre en coalition: cas de la lutte contre le terrorisme au Sahel", le professeur en Histoire et maître-assistant au département d'Histoire de l'Université Houphouët-Boigny d'Abidjan (Côte d'Ivoire), Arthur Banga, a estimé que les armées sont appelées à fédérer les efforts en vue de contrer les menaces auxquelles fait face la région. "Il est primordial pour les armées africaines de se tenir prêtes pour coopérer dans le cadre d'une collaboration renforcée", a-t-il estimé, soulignant qu'un travail en amont doit être effectué au niveau du renseignement.

Le professeur affilié à Sciences Po Rabat et co-directeur du Master exécutif Gestion des conflits et gouvernance de la paix en Afrique sub-saharienne, Michel Boyer a de son côté mis en avant la nécessité de l'aide étrangère pour consolider le rôle de la communauté internationale, en tant qu'acteur majeur, dans la stabilité régionale en particulier.

Abordant "le rôle du Tchad dans la sécurité régionale sahélienne", M. Boyer a fait observer que "le fait de laisser s'installer dans le Sahel une zone de non droit serait une menace majeure, d'où l'importance pour les acteurs régionaux et internationaux d'agir et de réagir face à une menace qui est de plus en plus croissante".

"Le Tchad, acteur considérable de la région contre cette lutte anti-terroriste, est confronté aujourd'hui à une menace interne et à la nécessité de soutenir ses voisins qui souffrent de l'incapacité de pouvoir faire face à ce renouvellement des forces terroristes et à cette déterritorialisation des actions terroristes sur la région", a indiqué ce spécialiste d'analyse des crises, notamment dans la zone subsaharienne fortement marquée par des menaces terroristes et jihadistes.

L'expert a rappelé que le Maroc avait signé, récemment, un accord de siège avec l'ONU pour l'établissement au Royaume du Bureau Programme pour la lutte contre le terrorisme et la Formation en Afrique (UNOCT-United nations Office of Counter-Terrorism) afin de renforcer la capacité des États à lutter contre le terrorisme dans le continent.

La professeure affiliée à Sciences Po Rabat, Beatriz Mesa, a pour sa part relevé la nécessité de réfléchir à d'autres manières pour répondre au défi terroriste, soulignant l'importance de la négociation politique dans le cas du Sahel. Dans son exposé sous le thème "les groupes armés au Sahel: pourquoi sortir de la violence?", la spécialiste analyse les différentes facettes du jihadisme dans le nord du Mali et l'impact du crime organisé et sa pénétration dans ce pays.

La doctorante en sciences politiques et chercheuse rattachée à Sciences Po Rabat, Thioro Gueye, a mis en avant dans son exposé la contribution de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) au retour de la paix dans le pays, son rôle de maintien de l'ordre public (en terme de protection des civiles menacées de violence physique, entre autres), son appui au processus de paix et les actions de développement humanitaires.

"La nature d'une telle mission explique clairement la complexité de la situation de l’État malien. Actuellement, le mandat en cours adopté par la résolution 2531 du 29 juin 2020 exécute une mission dont la priorité est la mise en œuvre de l'accord de paix et la conciliation au Mali", a-t-elle fait observer dans son intervention intitulée "Etat des lieux du rôle de la Minusma dans la crise malienne".

La chercheuse a mis l'accent sur une volonté manifeste de la mission de créer un environnement sûr et sécurisé pour la population malienne, surtout celle résidente dans les zones à risque. "Cependant l'impact de la crise se fait sentir sur plusieurs secteurs avec un nombre important de déplacées vers le sud, outre l'accroissement du taux de chômage", a-t-elle expliqué.

Le professeur assistant à Sciences Po Rabat et directeur du Master initial Résolution des conflits et gouvernance de la paix de Sciences Po Rabat, Julien Durand de Sanctis, a présenté une rétrospective de la présence militaire française au Sahel visant à lutter contre les groupes armés jihadistes dans toute la région du Sahel, précisant que cela fait sept ans que les forces françaises sont déployées, spécifiquement dans le cadre de l'opération Barkhane et précédemment Serval.

Dans son exposé sur le thème "de la phase d’intervention à la difficile stabilisation: bilan des interventions militaires françaises au Sahel", M. Durand de Sanctis a dressé un bilan sur l'équilibre dans la définition des buts dans la guerre, notamment sur les plans politique et militaire, ajoutant que cet équilibre rend confus la présence internationale et l'action militaire dans certaines parties du Sahel.

Cette rencontre a eu pour buts de dresser un état des lieux de la gouvernance sécuritaire au Sahel. Il s’agit tout particulièrement de réinscrire les questions de sécurité au sein de la géopolitique actuelle de la région et de prendre en compte les évènements clés récents qui ont pu affecter l’environnement des acteurs sur le terrain.

Elle a été l’occasion d’examiner les pratiques et les normes qui structurent la conduite des différentes politiques de sécurité au Sahel en mettant également en lumière les bénéficiaires de ces politiques et de ces programmes, tout en proposant de nouveaux outils, de nouvelles approches qui peuvent aider à mieux penser la sécurité sahélienne.


Tags : Sahel



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