AFP - Publié le Mardi 8 Septembre 2020 à 11:15

Mobilisations tous azimuts en faveur de la libération d'un journaliste algérien


Paris - Journalistes et militants des droits humains se sont mobilisés lundi à Paris, Alger et Tunis pour exiger la libération du journaliste algérien Khaled Drareni, condamné à trois ans de prison ferme, à la veille de son procès en appel.


Gilles Bouleau, Anne-Claire Coudray, Laurent Delahousse, Harry Roselmack, Bernard de la Villardière ou Daphné Bürki... Une dizaine de journalistes français se sont rassemblés devant l'ambassade d'Algérie à Paris à l'appel de Reporters sans frontières (RSF), dont des militants ont brandi des pancartes clamant "Free Khaled" ("Libérez Khaled") et "We are Khaled" ("Nous sommes Khaled"), a constaté un journaliste de l'AFP.

"Le pouvoir algérien a voulu faire un exemple pour intimider tous les journalistes en Algérie", a déclaré le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire. Et "il a fait un symbole de défense de la liberté de la presse."

M. Drareni, 40 ans, est directeur du site d'information Casbah Tribune et correspondant en Algérie pour la chaîne francophone Tv5 Monde et RSF.

Incarcéré depuis le 29 mars, il a été condamné le 10 août à trois ans d'emprisonnement et à une lourde amende pour "incitation à attroupement non armé" et "atteinte à l'unité nationale".

Le journaliste sera jugé en appel par "visioconférence" mardi, depuis le centre pénitentiaire de Koléa, près d'Alger.

Khaled Drareni est poursuivi pour sa couverture le 7 mars à Alger d'une manifestation du soulèvement populaire de protestation "Hirak".

"J'ai vu Khaled Drareni il y a deux jours, il a le moral, il est confiant, il considère qu'il a fait son travail de journaliste", a déclaré lundi à l'AFP un de ses avocats, Mustapha Bouchachi.

"Il n'a pas commis de délit puni par le code pénal algérien (...). Si la cour d'Alger applique la loi, elle ne peut que prononcer sa relaxe", a-t-il estimé.

La sévérité de la sentence a choqué ses confrères, y compris à l'étranger, et suscité de vives protestations des défenseurs des droits de la presse.

"On est solidaire avec lui, avec tous les journalistes algériens qui se battent pour préserver cette petite flamme de la liberté d'expression dans un pays qui ne l'aime pas trop", a assuré Bernard de la Villardière, de la chaîne française M6.

A Alger, pour le troisième lundi consécutif, quelque 200 personnes --avocats, journalistes, étudiants, artistes et citoyens-- se sont retrouvées dans la cour de la Maison de la presse, dans le centre de la capitale, pour soutenir Khaled Drareni.

A Tunis également, une quarantaine de journalistes et de militants se sont réunis à l'appel du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), de RSF et d'Amnesty International pour réclamer sa libération.

Sur la façade du SNJT, un portrait géant du journaliste a été déployé avec le message "We are Khaled".

"Le régime en Algérie ne tolère plus l'exercice libre et indépendant de la presse. C'est le symbole d'un régime dépassé par les événements, qui n'est pas à l'écoute de sa jeunesse", a expliqué à l'AFP Souhaieb Khayati, directeur du bureau Afrique du Nord de RSF.

Ces derniers mois, des journalistes ont été accusés par le régime algérien de semer la discorde, de menacer l'intérêt national et surtout d'être à la solde de "parties étrangères".

Plusieurs sont en prison, comme Abdelkrim Zeghileche, directeur de la radio indépendante en ligne Radio-Sarbacane, condamné le 24 août à deux années de prison. D'autres procès sont en cours.

L'Algérie figure à la 146e place (sur 180) du classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par RSF, dégringolant de 27 places par rapport à 2015.





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