AFP - Publié le Mercredi 16 Septembre 2020 à 12:38

Sous pression américaine, l'ONU change la structure de sa mission en Libye


Nations unies (Etats-Unis) - Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté mardi une résolution entérinant sous la pression des Etats-Unis un changement de structure de sa mission en Libye qui devra comprendre à l'avenir un "émissaire" secondé par un "coordinateur".


Sur les 15 membres du Conseil, la résolution a recueilli 13 voix pour, la Russie et la Chine s'abstenant, ce que le Royaume-Uni, rédacteur du texte, a vivement déploré.

Ce nouvel organigramme qui s'accompagne d'un renouvellement pour un an de la mission politique Manul (environ 200 personnes) a été décidé après plus de six mois de divisions et de palabres au Conseil de sécurité.

Il revient désormais au secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres de désigner les deux personnes qui occuperont les nouvelles fonctions. La Manul n'a plus d'émissaire depuis la démission en mars pour raison de santé du Libanais Ghassan Salamé et est dirigée par intérim par son adjointe, Stephanie Williams, une Américaine.

La résolution prévoit que "la Manul sera dirigée par un envoyé spécial du secrétaire général (...) avec pour objectif particulier d'assurer une médiation avec les acteurs libyens et internationaux pour mettre fin au conflit".

Sous son autorité, "un coordinateur de la Manul s'occupera des opérations au jour le jour et de l'administration" de la mission, précise le texte.

Parmi les noms évoqués par des diplomates, celui de l'émissaire de l'ONU pour le Proche-Orient, le Bulgare Nickolay Mladenov, revient avec insistance. Il reste encore à convaincre la Russie et les Africains qui voulaient qu'un ressortissant de leur continent occupe le poste, relèvent toutefois ces diplomates.

Après le départ de Ghassan Salamé, Antonio Guterres avait rapidement choisi l'ex-ministre algérien des Affaires étrangères Ramtane Lamamra mais ce dernier a été refusé en avril par les Etats-Unis pour une raison non rendue publique.

Le secrétaire général de l'ONU avait ensuite pressenti une ex-ministre ghanéenne, Hanna Serwaa Tetteh, mais Washington a une nouvelle fois bloqué sa nomination en réclamant que le poste soit scindé en deux, avec un émissaire politique et un chef de mission onusienne, comme pour le Sahara Occidental (sans envoyé spécial depuis mai 2019) ou Chypre.

Cette longue obstruction américaine, doublée selon des diplomates d'un lobbying des Etats-Unis pour que l'ex-Première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt soit nommée émissaire, a été critiquée par les 14 autres membres du Conseil de sécurité.

La résolution demande au secrétaire général de définir dans les deux mois à venir les "étapes pour obtenir un cessez-le-feu durable" et de fournir parallèlement des "recommandations" sur un possible rôle de l'ONU dans sa "surveillance".

Le texte réclame enfin une "application complète" de l'embargo sur les armes décrété en 2011 et régulièrement violé depuis, avec "l'arrêt de tout soutien et le retrait de tous les mercenaires armés" présents en Libye.

Dans une déclaration commune après le vote, les Européens membres du Conseil de sécurité (Belgique, Estonie, France, Allemagne, accompagnés de l'Irlande qui entre au Conseil en janvier) ont estimé que l'adoption de la résolution survenait dans "une période d'optimisme prudent pour la Libye".

"Nous devons saisir le momentum actuel pour avancer de manière décisive" dans un processus de paix conduit par l'ONU, ont-ils ajouté en appelant le chef de l'ONU à nommer rapidement un émissaire.

Lors d'un entretien mardi avec quelques journalistes, Peter Maurer, président du Comité international de la Croix-Rouge basé à Genève, s'est déclaré "plutôt encouragé de voir qu'il y a un mouvement politique même s'il est trop tôt pour dire qu'il va conduire à une situation plus stable".

L'ambassadeur britannique par intérim, Jonathan Allen, a lui aussi fait parler de "bruits positifs" venant de Libye, avant la réunion du Conseil de sécurité.

Depuis la chute de Mouammar Kadhafi, ce pays est déchiré entre deux camps rivaux: le gouvernement d'union (GNA) à l'Ouest, reconnu par l'ONU, et un pouvoir à l'Est incarné par le maréchal Khalifa Haftar. Le GNA est soutenu par la Turquie et le Qatar tandis que le camp Haftar est appuyé par notamment les Emirats arabes unis, la Russie et l'Egypte.


Tags : Libye



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